Mardi 12 janvier 1999 - KATMANDOU - HONG-KONG

Benjamin

A l'instar d'Istambul, nous ne souhaitons pas nous attarder dans Katmandou, notre avion pour Hong-Kong décolle le 12 au petit matin. Nous descendons nos vélos du toit du Mandap, saluons une dernière fois le jeune réceptionniste et le gardien et filons dans les rues désertes de Thamal, dans la brume matinale. Le givre recouvre les quelques parcelles de pelouses, le froid est plus intense ce matin et il a neigé sur les sommets. Nous enregistrons les vélos sans trop de problèmes, à condition de prendre une grosse sacoche en bagage à main. Nous jetons nos derniers regards sur cet aéroport que nous connaissons trop bien et embarquons pour un vol digne du " mountain flight ".
L'avion décolle vers le sud, entame une volte au dessus de Katmandou et longe enfin la barrière himalayenne fraîchement recouverte d'or blanc. Nous ne tenons pas en place, zigzaguons de part et d'autre de l'appareil pour apercevoir la ville dans un premier temps et les montagnes ensuite. La chaîne s'étend de part et d'autres du hublot, les cols ouvrent l'espace sur les plateaux tibétains. La visibilité est excellente. Cerise sur le gâteau : un sommet semble vraiment dominer les autres, le vent souffle la neige au sommet, pas de doute nous survolons pratiquement l'Everest et ses 8 848 mètres d'altitude. Et dire qu'il y a 3 mois nous nous baignions dans la mer Morte à 400 mètres au dessous du niveau de la mer.
Nous ouvrons grands les yeux pour ne pas en perdre une miette, ici la beauté n'est pas subjective, c'est beau, objectivement…

Vers 16 heures, nous traversons les couches nuageuses qui recouvrent Hong-Kong et atterrissons sous les gouttes sur le nouvel aéroport flambant neuf. L'hallucination ! ! ! Nous découvrons la modernité et la technologie de pointe comme des gamins. Appareil à la main, nous traversons des couloirs de 1 000 mètres de long, prenons un métro entièrement automatisé pour aller récupérer nos bagages ; Nico se paye même le luxe de faire du vélo dans le terminal. Tout est gigantesque, propre, moderne, informatisé… " c'est le cinquième élément "dixit Nico.

Seul petit problème, les architectes n'ont pas prévu que deux clochards et leurs vélos crasseux débarqueraient un jour dans cet univers aseptisé. L'île artificielle est reliée à Hong-Kong par une autoroute, on ne peut donc pas la prendre à vélo, le train n'accepte pas les vélos, de même pour les bus, et les taxis n'ont pas de galerie de toit. Que faire ? Les chinois sont sans réponse, ils ont l'air désolé mais ils n'offrent pas de solution. Avec un peu de " forcing ", nous entrons finalement dans le train l'Airport Express. Le choc une fois de plus, de la moquette partout, des hôtesses dans les rames et un petit téléviseur personnel derrière chaque siège. Les businessmen ne jettent pas un regard sur nos montures, ils semblent tous blasés mais nous, nous nous amusons comme des fous.

Hong-Kong Island enfin, nous pédalons de nuit au milieu des gratte-ciel, la tête en l'air à chaque feu rouge : bienvenue à Hong-Kong ! Marc Del Pozo et Guillaume Alix nous accueillent en bons CSN et nous invitent aussitôt dans un resto typique. Nous terminons dans l'appart d'un expatrié qui surplombe l'hippodrome, apparemment la vie est belle et facile ici.
Comme d'habitude, nous prenons notre temps et ne forçons pas trop sur les visites les premiers jours. Hong-Kong est finalement assez petit, c'est sympa de se balader entre les immeubles à Central ou Wan Chai. Nous entrons dans le " Convention Center ", le nouveau parc des expositions posé sur l'eau après être monté au 46ème étage de Wan Chai Tower. Hong-Kong est une ville magique mais nous la découvrons malheureusement sous un ciel couvert. Nous parvenons enfin à réparer nos vélos convenablement et changer les pièces usées (les plateaux pour moi et le porte-bagage pour Nico). Nous nous " imprégnons " petit à petit de la ville, des citadins, de l'animation malgré nos levers tardifs.

Samedi, nous passons l'après-midi avec François Badignon et son colocataire, grimpons au Victoria Peak pour la vue et traînons dans les ruelles de Mid-Levels pour la vie…qui y règne. Des antiquaires, des boui-boui, des poissonniers qui ne font pas dans la demi mesure, des marchands de poissons séchés, de canards laqués et des fruits et légumes.

Pour que la découverte soit complète, nous devons connaître la vie nocturne, les soirées chez les CSN, les bars " chauds " de Wan Chai et les boîtes de nuit. Nous enchaînons tout cela jusqu'à 5H30 du matin, un record dans ce tour du monde je crois. Complètement décallés, nous profitons uniquement de la fin d'après-midi suivante par une virée dans le sud de l'île, à Aberdeen, célèbre pour ses bateaux de pécheurs et l'immense restaurant flottant, le " Jumbo " que l'on aperçoit dans " Banzaï " (Coluche) notamment. Nous frissonnons à nouveau devant les meilleures images de la Coupe du Monde et retrouvons Marc et Guillaume qui reviennent bronzés de Singapour.


Lundi 18 et mardi 19 janvier 1999 - HONG-KONG

Nicolas

Ces deux journées sont dédiées à Aubusson. Nous avions pris contact avec l'agent chargé de la distribution des parfums Aubusson à Hong-Kong, comme à chaque fois. Vers midi, David Yip et trois de ses assistantes sonnent à la porte de l'appartement puis nous emmènent déjeuner. Tous les quatre sont très souriants, attentionnés et après nous avoir montré le magasin dans lequel nous travaillerons le lendemain, nous laissent quartier libre pour le reste de la journée. Nous retournons donc à Convention Center pour deux heures d'Internet gratuites.

Dîner pépère avec nos hôtes à l'appart. Mardi s'annonce un peu plus éprouvant. Nous devons distribuer les 10 000 échantillons d'un nouveau parfum nommé "" Flore " d'Aubusson, dans deux magasins distincts.

Deux heures nous suffisent ce matin là pour les 10 000 premiers échantillons, il faut dire que les rues de Hong-Kong grouillent de monde à l'heure du déjeuner ; rien à voir avec Delhi ou Katmandou où nous étions harcelés par les enfants des rues ; ici, chaque passant est une cible de choix, une CSP + comme on dit dans le jargon marketing. Mais les Hongkongais sont timides, suspicieux, difficile de croiser leur regard et de leur en mettre un dans la main. " It's free " devons nous souvent préciser. Chris, l'une des assistantes, nous fait ensuite découvrir des nouveaux mets chinois délicieux dans un restaurant typique très fréquenté. On apprend à ne tenir compte que du goût des aliments. Ce que nous prenons pour une soupe aux lentilles genre Dal indien est en fait un dessert sucré au goût de marron, tout est comme ça, et très bon.

De l'autre côté du bras de mer qui sépare Hong-Kong du continent, dans le quartier de Kowloon, nous distribuons aussi rapidement les 5 000 derniers échantillons et répondons aux très peu nombreuses questions d'une journaliste pour un hebdomadaire connu de Hong-Kong : Ming Pao Weekley. Notre " travail " est terminé, Chris nous raccompagne jusqu'à chez nous après nous avoir offert une carte de Chine et un petit livret d'expressions d'usage en mandarin. Comme quoi partenariat ne veut pas toujours dire contrainte, chacun y trouve son compte et tout le monde est content.

Dernier soir à Hong-Kong, Marc et Guillaume ont la bonne idée de nous emmener à Stanley Bay, de l'autre côté de l'île. Ce riche quartier résidentiel est une vraie station balnéaire à quelques minutes à peine, par le tunnel, des gratte-ciel de Central. Nous y dînons italien, moins typique qu'à midi.

Demain, c'est le vrai départ, nous reprenons la route après un mois d'immobilité. On a certainement perdu le rythme, pris un peu de " bide " et il va être dur de renoncer au confort. Néanmoins, nous sommes heureux de repartir et de retrouver cette sensation d'avancer, vers nos futurs objectifs, vers Paris au bout du chemin.

La Chine, c'est l'inconnu, pas de guide et on a tout entendu… Difficile de ne pas appréhender un peu au moment de s'endormir, et puis l'on se dit que c'est une sensation que l'on a déjà connue, et tout s'est pour l'instant toujours bien terminé. L'angoisse vient de l'antériorité, du fait de parler de quelque chose d'ultérieur, et que l'on connaît peu. Le présent ne laisse aucune place à l'appréhension sur le terrain, sur la route pour nous, nous prenons les minutes les unes après les autres. Y être, c'est connaître, et c'est l'inconnu qui fait peur.

Bref, nous verrons bien demain, nous finissons par nous endormir.

Mercredi 20 janvier 1999 - HONG-KONG - SHENGEN (CHINE) - 69 km

Nicolas

Demain est arrivé.

Marc et Guillaume nous réveillent pour que nous partagions ensemble cet ultime petit déjeuner Hong-kongais. Eux sont en costume cravate, nous en short, T-shirt crado, eux s'apprêtent à rejoindre leur bureau dans une tour de Central, nous partons pour une journée de route jusqu'à la Chine. Rendez-vous à Paris dans 6 mois. Le temps de faire les sacoches et de descendre tout notre barda dix étages plus bas, il est déjà 10 heures quand nous prenons doucement la direction des quais avec l'idée de rejoindre le continent en ferry. Ceux de la compagnie Star Ferry sont spacieux, aucun problème à priori. Mais voilà, les guichetiers ont des consignes : les vélos sont " not allowed " et les chinois sont incapables de prendre une initiative personnelle ; ils semblent terrorisés par l'autorité. " NO, no, no " nous font-ils avant de nous envoyer au prochain embarcadère un peu plus loin. Là, même cinéma, nous demandons à parler au chef, mais rien n'y fait. Les Hong-Kongais n'avaient pas prévu une telle situation, nous sommes bloqués sur l'île, aucune solution à part l'hélicoptère, c'est absurde ! ! ! Quand on leur propose de nous trouver une alternative, ils se bloquent, le regard vide et semblent complètement désarmés, mais rien ne sort. Nous perdons comme cela deux heures à négocier vainement, puis nous pensons à la solution Airport Express, ce métro ultra moderne qui nous avait amené, contre le règlement, mais après de longues négociations de l'aéroport jusqu'ici. Nous devons payer le tarif plein (75 $ HK chacun) pour quelques centaines de mètres jusqu'à Kowloon. Tant pis, nous n'aurons pas les photos de Hong-Kong vu du ferry mais au moins avons nous la chance de quitter l'île. Reste maintenant à quitter l'agglomération, puis les nouveaux territoires, c'est pas gagné.

Sans carte, nous nous perdons souvent, essayons d'éviter l'autoroute et finissons dans des impasses ou sur des escaliers. Il nous faut presque 4 heures pour venir à bout des 40 km en théorie, 50 en réalité, après quelques détours, pour arriver aux abords de la frontière chinoise.
Un policier nous arrête à quelques mètres du but, sont-ils tous décidés à nous empêcher de sortir ? Tant mieux, celui-là ne veut que nous aider en nous obligeant à éviter le poste frontière routier et nous envoyant, sous escorte, vers le poste frontière pour piétons.

Benjamin

Nous suivons donc le motard chinois à moitié rassurés ; la dernière fois que nous nous sommes fait escorter, c'était pour se faire expulser de Syrie…Mais ici, pas de problème, nous arrivons à la gare de Shenzen, le poste frontière des voyageurs nous laisse passer sans difficulté. Dans la queue, un camerounais nous accoste dans un français bien africain. Tout droit débarqué de Yaoundé, puis de Hong-Kong, Roger arrive en Chine avec un sac en plastique " Tati " et 3 masques à l'intérieur pour tout bagage. " Je viens vendre mes œuvres d'art en Chine " nous dit-il. " Si vous voulez, on peut faire la route ensemble, moi j'aime l'aventure, eh oui, je suis un aventurier, là " (avec l'accent) Pourquoi pas, un camerounais à Shenzen, c'est plutôt insolite et il nous dit qu'il connaît un ami ici. Ses " embrouilles " avec les chinois nous amusent, il leur parle français, eux répondent en chinois.
Manque de pot, son pote n'est pas là, personne ne répond au téléphone. " Il faut que je trouve un africain, si j'en vois un, nous sommes sauvés, là " L'Afrique…une grande famille, mais pour trouver un africain à Shenzen, c'est pas gagné. Nous marchons sans trop savoir où aller, nous nous arrêtons devant un centre commercial, en plein centre, entourés de building tout neufs qui n'ont rien à envier à ceux de Hong-Kong. Il faut dire que Shenzen est une zone d'économie spéciale, économie plutôt capitaliste, donc ville riche et pleine d'activité.

Un racoleur pour hôtels luxueux nous tient la jambe pendant plus d'une heure, quelques chinois viennent nous accoster, un breton passe même par là, il travaille ici mais loge chez des amis donc ne peut nous recevoir, dommage ! Pendant ce temps, notre ami camerounais " scrute " la population jusqu'au moment où : " là, un black… " Le voici qui court rencontrer un autre africain, un ami, quoi !

De fil en aiguilles, Roger part pour 5 minutes soit disant, avec son copain car il a peut-être un plan, le français s'éclipse également, nous nous retrouvons comme deux cons, sur les marches du grand magasin.

Une demi heure, une heure passe, que faire ? Evidemment, Roger ne revient pas, il va falloir que l'on se débrouille tout seul. Nous reprenons donc la route en direction de l'ouest, empruntant les immenses pistes cyclables parfaitement éclairées. Les rues sont larges, les gratte-ciel sont grands et beaux, tous éclairés, deux ou trois lasers traversent le ciel, bref nous ne sommes par véritablement en Chine profonde.

Nous roulons pendant une vingtaine de kilomètres, à la dynamo, quand soudain, l'électrochoc : la Tour Eiffel, " notre " tour Eiffel est plantée là, au milieu de nulle part, en Chine. Haute de 150 à 200 mètres au moins, la tour est éclairée de la même façon et comble de la " contrefaçon ", au premier étage, un panneau nous indique qu'il reste 345 jours avant l'an 2000. Nous nous approchons, la réplique de la pyramide du Louvre nous fait face à son tour. Nous sommes devant un immense parc d'attractions " Window of the world " qui concentre les plus beaux monuments et les plus beaux sites naturels qui existent sur terre : la Tour Eiffel donc, l'Arc de Triomphe, le Taj Mahal, les Pyramides, les Chûtes du Nigaria, le Fuji Yama, la Maison Blanche…plus de 180 monuments au total. L'idéal serait de dormir au pied de la Tour Eiffel, 6 mois avant de passer sous la vraie, mais les gardiens n'ont pas l'air commode. Sur la gauche de l'entrée, un immeuble en construction ferait parfaitement l'affaire. Les ouvriers acceptant à notre plus grande joie, nous hissons donc nos vélos sur le toit terrasse, nous allons dormir à 250 mètres de la Tour Eiffel ! le bilan de cette journée chinoise est archi positif, les chinois sont souriants et ont l'air ouvert et sympa. (caractères chinois dessinés sur le cahier voulant dire merci)


Jeudi 21 janvier 1999 - SHENZEN - CANTON (Gerangzhan) - 150 km

Benjamin

Tranquillement, nous plions bagage vers 8 heures et partons aussitôt vers Canton : grosse journée en perspective.

La piste cyclable longe la route, c'est super pratique et sans danger, sauf avec les autres cyclistes chinois. En revanche, le paysage est inintéressant. La route Shenzen - Canton n'est qu'une vaste banlieue continue, les villes se ressemblent et se touchent : des rues très larges, des immeubles carrés de quelques étages, mais beaucoup d'arbres d'alignement et quelques fleurs par ci par là. Nous prenons notre premier en-cas vers 10 heures, une sorte de pâte de riz cuite comme une crêpe mélangée avec de l'œuf, baguettes obligatoires. Nous avançons désormais vers le nord, le vent de face nous oblige à quelques efforts supplémentaires mais pour une fois, nous ne râlons pas trop. Le vent du Nord va nous pousser jusqu'à Singapour si il se maintient. Les chinois nous lancent quelques " hello " ou font un grand signe de la main, toujours souriants.

Soupe de noodles et momo (cf Népal) pour le déjeuner, entourés d'une dizaine de chinois curieux.

Trente kilomètres avant Canton, nous nous engageons par mégarde sur l'autoroute. C'est parti pour 20 km de bande d'arrêt d'urgence, ce n'est pas très dangereux mais on ne traîne pas, on fonce. Comme par hasard, un flic nous interpelle au péage et nous fait clairement comprendre qu'on ne peut pas continuer sur cette route. Il veut d'abord nous renvoyer en sens inverse puis nous indique une sortie, quelques kilomètres en arrière. Rapidement, nous prenons un petit chemin en terre au bord de l'autoroute et atterrissons dans la banlieue industrielle de Canton.

Une petite route à droite, un petit chemin à gauche, nous rattrapons enfin la route natinale pour rentrer dans la pollution et la cohue de Canton. Mais sans klaxons, sous peine de 200 yuans d'amende. Complètement épuisés, nous suivons le flux, quelques immeubles modernes dominent la ville. Après 150 km, nous posons enfin nos vélos devant un petit resto de la vieille ville, les rues sont plus animées, les maisons plus petites et plus sales. Sur les conseils du restaurateur, nous terminons dans un petit hôtel, une chambre pas trop mal avec un petit balcon sur la rue : 40 yuans (environ 30 francs). J'en profite pour me faire couper les cheveux juste en dessous, la coupe est gratuite, en remerciement de ma coopération pour toutes les photos prises en souvenir.

Vendredi 22 janvier 1999 - CANTON

Nicolas

Réveil tardif aujourd'hui, notre corps n'était plus habitué à autant d'effort et puis nous n'avons pas grand chose à faire. D'après notre première impression d'hier soir, Canton n'a pas l'air d'être une ville très touristique, toutes les rues sont gigantesques et sans fin, bruyantes et grouillantes de monde. En plus, on ne sait même pas très bien où l'on est, plutôt vieille ville, peut-être le centre. Notre carte nous indique quelques sites à voir un peu plus au nord, allons-y doucement.

Premier d'entre eux, un temple boudhiste sous la forme d'une tour chinoise de 9 étages nous invite à monter. La tour est belle et nous découvrons de nouveaux rites dans lesquels les gens viennent planter des bâtons d'encens devant les statues de Boudha, mais ce sanctuaire est planté dans un quartier sans plus d'histoire, et sans intérêt.

Benjamin

Nous marchons entre des immeubles plutôt gris, découvrons dans les devantures des restaurants, tout ce qui se mange en Chine serpents, ragondins, rats, tortues, volailles, raton-laveur, lapins, chiens… Tout ce beau monde est entassé dans des cages, le client choisi en entrant quel animal il veut goûter. Bonne nouvelle, la carte France Télécom marche en Chine, à Canton en tout cas. En remontant vers le nord, les rues s'élargissent, les immeubles s'élèvent, une ville plus moderne prend le relais. Nous parvenons à retirer 500 yuans avec notre de crédit dans le China Hôtel et terminons notre après-midi dans l'immense parc, juste à côté. Les chinois y font du pédalo, jouent au babmington ou au Ping-pong, certains se promènent ou d'autres se reposent, simplement. Quant à nous, nous achetons nos premiers souvenirs de Chine, des casquettes militaires, style Mao, et deux petits chapeaux. Nous sommes en face du musée de Canton.

Une bonne heure de marche nous ramène à l'hôtel. Nous dînons dans un petit boui-boui du vieux Canton, d'une sorte de fondue bourguignonne mais l'eau remplace l'huile. Nous trempons donc nos morceaux de poulet, que nous avons vu passer, vivant, 5 minutes auparavant, dans le bouillon. Quelques épices pour ajouter du goût, des feuilles de salades bouillies pour la verdure, c'est assez bon mais certains morceaux sont difficiles à mettre en bouche, la tête et les pattes par excmple.

Des stands dans la rue offrent toutes sortes de petits gadgets à des prix dérisoires. Nous négocions un walkman avec haut parleur plus 3 jeux de pile à 40 yuans (30 francs), des petits briquets, des lampes de poche à 4 yuans, une folie…


Samedi 23 janvier 1999 - CANTON - KAIPING - 123 km
10 000 km depuis Paris (plus de 500 heures de vélo)

Benjamin

Nous quittons l'hôtel à 10 heures, autrement dit, peinards. Comme à chaque sortie de grande ville, on ne sait pas très bien ou aller. Nous empruntons les grandes artères principales, nous allons vers l'ouest, c'est tout.. Nous traversons deux rivières, demandons notre chemin pour Foshan. Au bout d'une vingtaine de kilomètres, nous y sommes, c'est bon désormais c'est tout droit, sur la Nationale 325. Toujours pas de campagne, du monde et des habitations partout pendant toute la matinée, mais la route est sûre grâce à la piste cyclable et le vent est favorable. Je fais souder mon porte-sacoche-guidon pour 5 yuans, nous dégustons une bonne soupe aux nouilles devant un public amusé. A priori, cela les fait rigoler de nous voir (essayer de) manger avec des baguettes. Enfin la route se dégage après 70 km, nous aperçevons des champs, des paysans et quelques collines boisées. Le vent nous aide bien, nous filons à plus de 25 km/heure.

Innocents, nous nous arrêtons boire un thé dans un hôtel restaurant. Une dizaine de filles nous tournent autour, lancent quelques sourires timides. Une d'entre elles sort d'une pièce avec un homme. Nous avons mis du temps à comprendre mais effectivement nous sommes entourés de prostituées qui passent leurs journées à attendre qu'une voiture s'arrête. 123 km, 17 heures 30, nous tentons une incursion dans un petit village, pas très concluant. Quelques km plus loin, nous nous arrêtons dans un petit resto à l'écart de la route. Nous discutons, expliquons ce que nous voulons à l'aide de notre petit guide anglais-chinois et le tour est joué. Ce soir, nous sommes invités à dîner par un restaurateur, impossible de donner quoi que ce soit et il nous propose de dormir dans un grand bâtiment administratif, une sorte de mairie, sur des lits en bois, c'est parfait.


Dimanche 24 janvier 1999 - KAIPING - 105 km

Nicolas

Nuit courte et agitée pour cause de moustiques et de coups de téléphone à passer en France pendant la conférence diapos que les filles organisent dans un pub de St Germain. 5 H 30 ici, 22 H 30 là-bas. Adrien Baquet reçoit dans son portable " ouais, c'est moi " qu'il ne reconnaît pas. Ils sont près d'une vingtaine à regarder nos photos, preuve qu'ils pensent à nous. Nous avons du mal à nous rendormir ensuite et prolongeons notre nuit jusqu'à 9 heures, heure à laquelle nous sortons de notre mairie pour aller prendre un petit déjeuner bien chinpois (gros momos, soupe nouilles) et très copieux, chez le restaurateur qui nous a pris en sympathie, qui nous offre tout et s'amuse comme un fou avec le guide de traduction.

A 10 heures, nous reprenons la route tranquillement sous un ciel à nouveau couvert. Notre visa vietnamien n'entrant en vigueur qu'à partir du 1er février, il nous reste 8 jours pour parcourir les 600 km jusqu'à la frontière, c'est plus qu'il n'en faut d'autant que le vent nous pousse fortement et les routes sont larges et agréables. Nous n'avons aucune raison de nous presser et multiplions les pauses. Celle du déjeuner prend d'ailleurs une tournure inattendue lorsque bien tranquillement assis autour d'une soupe aux nouilles, nous entendons un bruit soudain puis les cris d'une femme affolée. Nous sortons vite, une camionnette est en travers à quelques mètres de notre restaurant, un scooter gît par terre et un homme, le crâne en sang, est pris de convulsions et semble agoniser au beau milieu de la route. Personne ne fait rien, la femme qui devait être passager sur le scooter est la seule à s'agiter. D'abord un peu choqués, nous essayons vite de faire quelque chose, pousser quelqu'un à téléphoner, en faisant des signes, puis tenter d'arrêter une voiture, chose plutôt difficile car les chauffeurs semblent effrayés ou indifférents.

Plus de temps à perdre, l'homme s'il n'est pas encore mort, continue à perdre son sang, tandis que Ben tente de le placer en PLS, je me poste face aux voitures les bras écartés. Un camion militaire s'arrête heureusement et nous sommes seuls pour aider le blessé qui reprend miraculeusement connaissance, à monter à l'avant. Morale de cette mésaventure : souhaitons qu'il ne nous arrive rien en Chine car on se demande qui nous porterait secours.

Le temps s'éclaircit, le soleil brille comme au plus fort de l'été en France, les odeurs se multiplient, les champs cultivés et quelques collines attirent nos regards, rouler devient de plus en plus plaisant. Les 100 km à peine passés, nous décidons de nous arrêter au bout d'un village, et tentons notre chance dans une rue animée chargée de restaurants et de salons de coiffure. A peine assis, c'est l'attroupement habituel, une trentaine de chinois dont une poignée de jeunes arborant les couleurs d'un club de football. " Football, Football " leur lance-t-on, " No, Basket Ball " nous répondent-ils. Cinq minutes plus tard, nous sommes au centre d'une vaste cour d'école, entourés d'une centaine d'écoliers dont certains nous lancent le ballon en attendant de voir ce que l'on sait faire. Le problème, c'est que ni Ben, ni moi ne savons décemment jouer au basket, nous multiplions les air-balls sans pour autant les décevoir, bien au contraire. Le professeur a vite fait d'organiser un vrai match sur le terrain central, avec les meilleurs joueurs de l'école. C'est l'équipe de Ben contre la mienne, un panneau indique les scores, le public est nombreux, il s'agit de se défoncer. Après une journée pourtant déjà bien remplie, nous compensons notre manque de technique par des courses éffrennées et quelques interceptions. Les spectateurs n'encouragent que nous, c'est du délire à chaque bonne action, presque la " hola " quand nous plaçons 2 points. Nous sortons du match, tels des héros de la NBA, serrons des mains, prenons un bain de foule puis retournons en nage, mais hyper heureux de cette nouvelle expérience, au restaurant pour y dîner, et peut-être y dormir. Bien fatigués, nous ne nous refusons pas le luxe d'un bon lit et d'une moustiquaire pour 10 yuans (7 francs) la chambre individuelle. Ces salons de coiffure à proximité me donnent des idées pour la fin de soirée et devant encore une trentaine de spectateurs amusés (jamais seul en Chine) le coiffeur me fait la coupe à la Michael Jordan, la boule à zéro pour la seconde fois de ma vie. Ben, me prenant pour Fabien Barthez ne résiste d'ailleurs pas à la bise porte-bonheur sur mon crâne d'œuf. Tout le monde nous escorte ensuite jusqu'à la salle de billard où nous faisons aussi une piètre démonstration, avant de consentir à nous laisser rentrer tout seul nous coucher après une journée bien remplie, pleine en émotions, une journée extraordinaire.


Lundi 25 janvier 1999 - - Village de pécheurs - 112 km

Nicolas

Là aussi, réveil tardif à 10 heures. Nous démarrons à 11 heures une journée pépère, les jambes fourbues par les efforts de la veille, mais avons vite fait d'avaler 50 km avant la première pause gâteaux. Il fait très chaud, la route est déserte et les pins dégagent des parfums qui ne nous suggèrent qu'un seul mot : vacances. Le soleil est là, les filles aussi qui du bord de la route nous invitent vainement à une petite pause, ne manque que la mer. Mais celle-ci n'est pas loin, sur notre parcours et nous nous sommes mis en tête de la voir aujourd'hui.

Km 102, nous quittons la G325 vers le sud afin d'assouvir ce besoin pressant de voir l'eau. Cette dernière se fait attendre, 10 km contre le vent, puis au fin fond du trou du cul de la Chine, la voilà. Escortés par un jeune à vélo qui connaît trois mots d'anglais, nous débouchons dans un minuscule village de pêcheurs. Les filets sèchent sur des plages de béton, de minuscules cabanons de bois sont plantés sur le sable, les embarcations rentrent toutes en même temps puis sont vite remontées par une main d'œuvre coiffée de chapeaux chinois. Nous sommes une fois de plus l'attraction du village qui n'a pas dû voir passer beaucoup de visages pâles d'occidentaux, mais les contacts sont rendus beaucoup plus difficiles par ma faute, j'ai perdu le midi-guide de traduction. Après quelques malentendus, certains finissent par comprendre les signes principaux : manger et dormir, et l'un des hommes sans rien dire, décide simplement de nous ouvrir la porte de sa maison. Le dîner ne se fait pas attendre, les plats défilent, nous voulions du poisson, nous sommes servis : riz, salade, minuscules crevettes, viande, il y a à manger pour dix et nous sommes pourtant les seuls à nous goinfrer. Tout le village est là pour nous soutenir et s'amuser de notre maniement des baguettes. Impossible de payer quoi que ce soit : heureusement, " xièxiè " (merci) est l'un des seuls mots qui nous reste en mémoire.

Toutes ces mondanités finissent néanmoins par nous fatiguer un peu, il se fait tard mais les curieux ne semblent pas pressés de rentrer chez eux. Vers 22 heures, notre hôte éteint le groupe électrogène pour nous laisser dormir. Décidément, nous qui voyions la Chine plutôt comme une étape de transition sans réel intérêt, sommes tous les jours surpris par la gentillesse et l'hospitalité de son peuple.


Mardi 26 janvier 1999 - Village de pêcheurs - ZHANJIANG - 121 km

Benjamin

Les poules entassées dans un panier nous réveillent avant notre ami chinois. Le petit déjeuner est aussi copieux que la veille, assis sur nos petites chaises en bois, nous dégustons crevettes, petits poissons séchés ou bouillis et riz baignant dans son jus de cuisson. Nous ne pouvons partir d'ici sans prendre quelques clichés de la centaine de barques de pécheurs étalées sur la plage. Nous jouons avec les chinois qui se laissent photographier. Puis nous quittons la mer, la plage et le village tout entier pour retourner sur la route 325, large et agréable.
Les plats déshydratés, style " Bolino " ne sont pas (ou plus) un secret pour les chinois. Un peu d'eau chaude et la soupe de nouilles est prête. Nous avalons cela dans une station-service, des filles nous servent mais on ne sait pas si elles sont plutôt pompistes ou plutôt putes : les deux, sûrement.

Le temps se couvre légèrement, la route plus étroite et plus cabossée sillonne entre les champs de canne à sucre, les arbres et les petits villages. Les rues sont couvertes de fruits et légumes, nous croquons dans notre canne à sucre fraîche devant une cinquantaine de badauds, comme d'habitude. Nous prenons une petite route à gauche, c'est un raccourci pour Zhanjiang mais il faudra prendre le bac. Nous posons nos vélos sur l'embarcadère, 20 km plus loin. Le soleil se couche entre les bateaux et les buildings de l'autre rive. Nous dînons dans un petit restaurant (du calamar notamment) et posons notre toile de tente juste derrière, sur un terrain vague. Les chinois viennent nous faire un petit au-revoir un par un, c'est sympa mais on aimerait bien dormir maintenant.


Mercredi 27 janvier 1999 - ZHANJIANG - SANKOU - 111 km

Benjamin

Chaque pays a sa manière bien à lui de nous tirer du lit, ici ce sont les coqs . Un " cocorico " bien français mais qui sonne chinois et qui annonce qu'il est 4 ou 5 heures du matin. Ajoutons à cela les sirènes des premiers bacs, nous sommes debout à 8 heures. La traversée est rapide, un kilomètre peut-être pour rejoindre l'autre rive et le centre de Zhanjiang. L'aménagement urbain est aéré, les larges avenues sont bordées de petits palmiers, à l'image de Shenzen un peu. Nous continuons vers l'ouest, vers le Vietnam mais Hapu d'abord. La route ressemble à celle d'hier, petite, vallonnée et entourée d'arbres. La moyenne diminue, les camions nous klaxonnent à nouveau au nez mais nous avançons tranquillement, nous avons le temps.

De gros momos fourrés à la crème de marron (à priori) et des boulettes de riz frites apportent un peu d'originalité à nos menus quotidiens … soupe de nouilles, soupe de nouilles… Le temps est plutôt gris, la route est médiocre, le vent défavorable, rien ne nous pousse à continuer. Après 111 km et environ 6 heures de route, nous nous arrêtons dans un village minuscule, devant une petite épicerie.

Première étape, consommer et faire connaissance. Nous buvons un coca, lançons de grands sourires aux enfants, les plus petits s'enfuient en courant, nous assistons même au dîner des porcs, cela s'annonce plutôt bien…

Deuxième étape, leur faire comprendre que l'on compte bien rester ici pour dîner et pour dormir. En clair, on s'incruste. Apparemment, ils ont compris. Nous patientons sagement, assis sur nos bancs, à les regarder vivre. Les heures passent, les enfants ont mangé et ils commencent à fermer boutique. En réalité, ils n'ont rien compris du tout ou ils ne souhaitent pas d'incruste. Après tout, ce n'est qu'un petit magasin, pas un restaurant. Nous sommes condamnés à deux pommes et un paquet de gâteaux pour ce soir. Nous expliquons aux voisins que nous allons poser nos duvets derrière leur maison lorsqu'une jeune chinoise nous montre un petit cabanon avec deux lits et une moustiquaire. Et bien voilà, tout s'arrange… Nous leur faisons probablement pitié avec notre paquet de gâteaux, ils nous offrent spontanément un bol de riz, du choux bouilli, des petits poissons et des morceaux de calamars.

Moralité : rien n'est acquis mais tout fini toujours par s'arranger (proverbe chinois).


Jeudi 28 janvier 1999 - SHANKON - après HAPU - 87 km

Nicolas

A peine sortis de notre moustiquaire et du petit cabanon qui doit être la chambre des enfants, nous sommes invités par la famille tout entière, déjà réveillée, à nous laver et à passer à table. Au menu de ce petit déjeuner, la même chose qu'hier soir. Nous faisons bien sûr mine de sortir un billet, sachant pertinemment que ce geste sera accueilli par un no, no, no définitif, puis quittons nos hôtes pour reprendre doucement la petite route bosselée rendue plus fatigante par le passage vrombissant et klaxonnant de nombreux camions bleus.

70 km plus tard, nous entrons dans une rue immensément large du centre de Hapu puis nous nous arrêtons près d'un téléphone pour tenter de joindre la France. La carte ne marche pas ici, nous devons donc sortir nos dollars pour rassurer parents et copines. A force de traîner, le temps est passé vite, le vent a tourné et s'acharne désormais à nous ralentir.

Rien ne sert de forcer, il faut s'arrêter à point. Un petit village animé par un marché aux légumes nous semble approprié. Après 75 km, nous nous installons sur une place centrale bien décidés à finir la journée ici. Mais le geste " dormir ", les deux mains jointes placées contre une joue ne semble rien suggérer aux passants. Un pharmacien m'indique même un médicament contre le mal de tête. La solution " hôtel pas cher " ne fonctionne pas mieux car le seul hôtel du village n'est pas négociable. Le soleil tardant à se coucher, il nous reste un peu de temps pour aller voir plus loin.

Km 87, un grand porche marque l'entrée d'un village en construction, quelques bâtiments posés autour d'une rue en terre déserte. Un peu de calme en perspective, cela changera. Le bout de pelouse qui jouxte un commissariat, au fond de cette impasse, nous tente bien pour y poser la toile de tente. Les policiers n'y voient pas d'inconvénient mais convoquent tout de même leur brigade internationale pour nous poser quelques questions. Rassurés, ils nous invitent à laisser nos vélos dans leur garage tandis que nous nous endormons à côté, dans le calme et sous un beau ciel étoilé.


Vendredi 29 janvier 1999 - HAPU - après QINZHOU - 95 km

Nicolas.

Les coqs, un troupeau de coqs qui se promène à cinq mètres de nous, fait écho à tous les coqs du coin. Les cocoricos résonnent dans toute la région et dès 8 heures du matin, il devient très difficile de ne pas se réveiller.

Les policiers se lèvent en même temps que nous et nous invitent spontanément à partager leur soupe de nouilles pour le petit déjeuner.

9 heures 30 nous sommes partis, direction Qinzhou, l'une des villes majeures de la province du Guangxi dans laquelle nous sommes entrés avant hier soir. Route large, vent favorable, nous filons à 23 km/heure dans un faux plat montant d'une quinzaine de kilomètres ou du moins ce que nous avons pris pour un faux plat montant car au sommet, nous n'étions qu'au niveau de la mer. Après avoir déjeuné dans un self d'une station service, nous entrons dans Qinzhou vers le km 70, rien à signaler à part le fonctionnement surprenant de notre carte France Télécom, profitons en tant qu'il est temps, car le Vietnam pour téléphoner, c'est paraît-il une autre histoire.

Plus loin, nous pouvons à nouveau apercevoir la mer à l'horizon, au bout d'une plaine cultivée sur notre gauche. Le temps est maussade, le soleil ne parvient que par instants à percer une épaisse couche nuageuse. Le paysage reprend soudain du relief, quand nous passons sur un long pont qui nous conduit d'un coup au milieu de petites collines très serrées. La route ondule et serpente entre les rizières. Il est moins de 17 heures quand nous tentons une première incursion dans un ensemble de cabanes précaires, sans succès.

Un village plus vivant cinq kilomètres plus loin paraît plus accueillant, les enfants jouent au ballon sur une plaque de béton, les incrustes professionnels que nous sommes y voient tout de suite un moyen de créer l'animation. Certains enfants sont sceptiques mais se joignent les uns après les autres au petit match que nous leur imposons. Les plus timides s'y mettent aussi et on ne peut plus les arrêter, après plus d'une heure d'efforts dans le champ. La nuit tombe sans que nous ayons réellement pensé à notre lieu de couchage.

Après une douche rapide dans le puits du village, au moment où nous installons la toile de tente à un mètre d'un couple de buffles, un notable du village vient nous proposer de déménager et nous offre rapidement la chambre de sa fille dans sa maison, la plus belle et la plus grande du bled. Tout le monde s'entasse dans sa salle de séjour, autour de la carte du monde que nous venons de déplier et sur laquelle nous tentons de leur tracer notre itinéraire. Ceux qui n'ont pas la place d'entrer suivent la scène à travers la grille d'une fenêtre.